Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Mercredi 26 mars 2008

N°343-Les Dossiers d'Irak 25/03 (suite) : cinq années d’occupation, cinq années de destruction
N°343   Les Dossiers d'Irak

25/03/08                                                           Par M.Lemaire         


Sommaire : (suite) 3-3 Point de vue de Alain Gresh : Guerre d'Irak, cinq ans déjà ...

3-4 Point de vue de Luis Lema : Cinq ans après, les dessous d'une guerre d'Irak qui devait durer trois mois. 

3-5 Point de vue de Adriana Evangelizt  : Cinq ans de guerre en Irak: Bush ne regrette rien.

3-6 Point de vue de Thierry Meyssan : Bilan et perspectives en Irak.

3-7 Point de vue de Patrick Cockburn : Irak = cinq années d’occupation, cinq années de destruction.

 

 3-3 Point de vue de Alain Gresh : Guerre d'Irak, cinq ans déjà ...

Il y a cinq ans, les Etats-Unis se lançaient à l’assaut de l’Irak. Plusieurs centaines de milliers de civils irakiens tués (et 4000 soldats américains) plus tard, il apparaît de plus en plus que cette guerre aura été une des plus grandes catastrophes que le Proche-Orient ait connue depuis cinquante ans. Et ses conséquences seront sans doute bien plus durables que celles que la guerre du Vietnam a eu sur l’Asie. On se rappelle que les deux prétextes de cette guerre étaient les armes de destruction massive, dont il a été prouvé qu’elles n’existaient pas, et le lien entre Saddam Hussein et le terrorisme (la moitié des Américains étant convaincus que le dictateur irakien était derrière les attentats du 11-Septembre). Début mars, le Pentagone a publié un rapport fondé sur 600 000 documents examinés démontrant qu’il n’existait aucune relation entre Al-Qaida et Saddam Hussein.

Mais la transparence a des limites.

Comme le rapport ABC News, le 12 mars, dans « Pentagon Report on Saddam’s Iraq Censored ? », le Pentagone a annulé l’envoi d’un communiqué de presse sur le rapport et a décidé de ne pas le publier en ligne. Il ne sera fourni qu’à ceux qui en feront la demande et sera envoyé par la poste ! ABC a mis en ligne un résumé du rapport « Iraqi perspective project. Saddam and terrorism : Emerging insight from Captured Iraqi documents Volume 1, redacted) » Le rapport affirme que Saddam Hussein a soutenu des groupes terroristes, notamment palestiniens. Mais il insiste : « Les principales cibles des opérations terroristes de l’Etat irakien étaient les citoyens irakiens, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Irak. » En revanche, le rapport dément toute relation entre Al-Qaida et Saddam Hussein. ABC rappelle une des déclarations de George W. Bush rapportée par le Washington Post du 18 juin 2004 : « La raison pour laquelle j’ai continué à insister sur la relation entre l’Irak, Saddam et Al-Qaida, c’est parce qu’il y avait une relation entre l’Irak et Al-Qaida. » Cette interprétation du rapport est contestée par un néoconservateur William Kristol, dans The Weekly Standard, « Gunsmoke Why is the Bush administration silent on the new Pentagon report ? » (24 mars 2008). Selon lui, le rapport intégral précise, en page 42, que « Saddam soutenait ou des groupes directement liés à Al-Qaida (comme le Djihad islamique, dont le dirigeant fut à un moment Ayman Al-Zawahiri, le bras droit de Ben Laden) ou qu’il partageait les buts affirmés par Al-Qaida et ses objectifs ». On peut pourtant douter que Saddam soutenait l’idée d’un Etat islamique ; quant à partager les buts d’Al-Qaida, s’il s’agit du départ des Etats-Unis de la région, on peut dire qu’ils sont ceux de la grande majorité de l’opinion publique. Le New York Times du 16 mars a demandé à neuf "experts" ou responsables de donner leur point de vue de l’époque sur l’invasion de l’Irak et la manière dont ils voient la situation aujourd’hui (« Reflections on the Invasion of Iraq »). Parmi eux Paul Bremer III (le premier proconsul américaine en Irak) et Richard Perle, un des théoriciens néoconservateurs. Je posais la question ici même de savoir si « les Etats-Unis vont-ils gagner la guerre en Irak ? » en expliquant que Washington mettait en avant la diminution des pertes américaines et civiles irakiennes dans les derniers mois. Un article du Washington Times du 15 mars, « Iraqi civilian deaths rise again » (Sharon Behn), actualise ces données. Selon la journaliste 422 Irakiens ont déjà été tués en mars, contre 544 pour tout le mois de janvier et 674 pour le mois de février. Ainsi, la tendance à la baisse des victimes irakiennes aurait été enrayée.     Alain Gresh  16 mars 2008 Source : Carnets du diplo http://blog.mondediplo.net/...


3-4 Point de vue de Luis Lema : Cinq ans après, les dessous d'une guerre d'Irak qui devait durer trois mois. 

Là, on est déjà plus près de la vérité que des mensonges de Cheney. Charles Ferguson dénonce dans son livre une occupation conduite avec «arrogance, stupidité et incompétence». Et si le bilan était encore plus désastreux que prévu? Cinq ans après, tout semble dit sur les mensonges et les incohérences qui ont entouré le lancement de la guerre d'Irak. Et pourtant... «Même dans mes cauchemars les plus sauvages, je n'avais pas imaginé que l'occupation de l'Irak puisse avoir été conduite avec une telle arrogance, stupidité et incompétence», écrit Charles Ferguson, qui a passé plusieurs années à en étudier les contours et à interviewer ses principaux acteurs. La progressive «descente au chaos» qu'il décrit n'a pas seulement valeur historique: elle jette une lumière crue sur la situation actuelle en Irak, où les attentats ne cessent de faire chanceler les promesses d'une pacification.
Ni le président Bush, ni le vice-président Dick Cheney, ni Donald Rumsfeld, ni Colin Powell, ni Condoleezza Rice, ni Paul Bremer n'ont accepté de répondre aux questions de Ferguson, un docteur en science politique qui a remué ciel et terre pour mener son enquête. Mais ils sont beaucoup d'autres à avoir été ravis, et sans doute soulagés, de vider leur sac. L'année dernière, l'enquêteur en avait fait un documentaire, nominé aux Oscars et gratifié de nombreux prix. Aujourd'hui, c'est un livre qu'il publie*, réunissant sur plus de 600 pages un réquisitoire accablant.
Il avait fallu aux Etats-Unis plus d'un an de travail pour préparer la forme que prendrait l'Allemagne d'après le nazisme. Pour l'Irak, cela s'est décidé en quelques semaines. Et encore: «La préparation de l'après-guerre était totalement absente, aussi bien chez les militaires que les civils, explique aujourd'hui Lawrence Wilkinson, ancien bras droit du secrétaire d'Etat Colin Powell. Après la chute de Bagdad, ils ne voulaient pas être arrêtés par les devoirs de l'occupation, de la reconstruction du pays ou de quoi que ce soit d'autre. La préoccupation était d'amener l'armée puis de la faire ressortir. C'était la vision du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld
Pour mettre en œuvre cette vision d'une guerre qui prendrait tout au plus trois ou quatre mois, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz, les chefs du Pentagone, ont systématiquement écarté tous ceux qui, au sein du Département d'Etat, connaissaient le mieux la région du Proche-Orient et la problématique du rétablissement de la paix. Les quelque 160 personnes qui seront dépêchées à Bagdad pour gérer un pays de 25 millions d'habitants n'ont pour la plupart aucune expérience. «Leurs parents avaient financé la campagne (du Parti républicain) et ces jeunes étaient envoyés pour avoir un peu de fun, du voyage et de l'aventure», commente Paul Hugues, qui était à la tête de l'effort de reconstruction, au sein d'une équipe qui a mis des semaines à obtenir ne serait-ce que des téléphones.

C'est par exemple un jeune diplômé qui est chargé de prendre en mains le système d'éducation irakien. Au Koweït, c'est de sa propre initiative que cet historien établira une liste des principaux bâtiments irakiens à protéger, au premier rang desquels le Musée national de Bagdad. Mais lorsque les pillages commenceront, personne ne tiendra compte de ses remarques. Seul le Ministère du pétrole sera entouré par les soldats américains.

L'objectif est toujours le même: s'impliquer le moins possible dans une spirale qui, de l'avis du Pentagone, ne doit concerner que les Irakiens eux-mêmes. Mais les pillages, dont on ne cessera de sous-estimer l'importance et qui ont de fait fini de mettre le pays à genoux, agiront comme un révélateur : au fil des témoignages, il apparaît que la confiance des Irakiens est désormais perdue envers ces occupants dont personne ne pouvait imaginer qu'ils puissent être aussi mal préparés.

En mai 2003, la nomination de Paul Bremer comme directeur de la reconstruction et de l'assistance humanitaire ne fera qu'accélérer le processus. En dépit du bon sens, et prenant le contre-pied de toutes les décisions précédentes, il proclame les fameuses «débaassification» de l'administration et le démantèlement de l'armée irakienne. Plus d'un million d'hommes en âge de se battre sont jetés dans les rues sans compensation. Ils auront tôt fait d'alimenter les rangs de la «résistance» et les luttes ethniques qui déboucheront sur une guerre civile.

Parmi beaucoup d'autres, ce constat a abasourdi Charles Ferguson: le locataire de la Maison-Blanche semble pratiquement absent des décisions qui ont transformé l'expédition irakienne en cauchemar. «Clairement, le président devait être content de l'équipe qu'il avait mise en place», analyse Richard Armitage, sous-secrétaire d'Etat jusqu'en 2005. Malgré le départ de Paul Bremer et des «cerveaux» du Pentagone, le gros de cette équipe est toujours aux commandes à Bagdad. «Le président doit donc être satisfait des conseils qu'elle lui fournit. Je ne vois pas d'autre explication.»
    Luis Lema, New York 20 mars 2008   *No End In Sight, PublicAffairs, New York .Sources Le Temps Posté par Adriana Evangelizt


3-5 Point de vue de Adriana Evangelizt  : Cinq ans de guerre en Irak: Bush ne regrette rien.

Quand on voit le couple Bush-Cheney, ces deux menteurs, ces deux criminels de guerre qui devraient être destitués, jugés et subir le même sort qu'ils ont fait subir à Saddam Hussein, notre haine est à son maximum. Plus d'un million d'Irakiens ont perdu la vie à cause de ces deux pourris et des grands pontes sionistes, l'Irak est en ruines et ils osent encore faire les fanfarons. Alors qu'on faisait remarquer à Cheney que 64 % des Américains étaient contre la guerre, il a répondu avec morgue : "Et alors ?". On se retient pour ne pas être vulgaires devant ces crapules innommables. Avec tout le malheur qu'ils ont semé, qu'ils sèment encore... et la façon dont ils éreintent le Peuple Américain. Mais quelle honte pour l'Humanité des individus aussi infects. Quelle honte !

Si une justice existe, que l'on soit débarrassé de toute cette lie qui corrompt notre monde. Cela devient de plus en plus insupportable et les Peuples de toute la planète crient vengeance.  Bush a marqué le cinquième anniversaire de la guerre en Irak mercredi en disant ne pas regretter une décision toujours contestée et en faisant miroiter une "victoire stratégique majeure" malgré l'incertitude sur l'issue du conflit. Cinq ans après être apparu sur les télévisions pour confirmer que les Etats-Unis avaient, "avec réticence", commencé à bombarder un "régime hors-la-loi qui menace la paix avec des armes de meurtre en masse", M. Bush a déclaré que, malgré le prix "élevé" payé depuis lors, "chasser Saddam Hussein du pouvoir était la bonne décision, et ceci est un combat que l'Amérique peut et doit gagner". Dans plusieurs villes, notamment New York et Los Angeles, le mouvement contre la guerre tentait de secouer son relatif engourdissement. "Plus un mort, plus un dollar, pas d'argent pour des crimes de guerre", proclamait une banderole déployée par environ 200 personnes à Washington. Mais, au moment où les Américains attendent qu'il décide bientôt s'il continuera à réduire les effectifs, M. Bush les a prévenus que les gains enregistrés depuis 2007 en Irak étaient "fragiles et réversibles" et qu'il ne ferait rien qui les remettrait en cause. La guerre a tué des dizaines de milliers d'Irakiens et près de 4.000 Américains. Elle a coûté des centaines de milliards de dollars. Elle a renforcé l'influence iranienne. Elle a altéré le crédit de l'administration américaine.

Après l'approbation massive des débuts, elle a profondément divisé les Américains qui ne savent pas quand ni comment prendra fin la deuxième guerre la plus longue de leur histoire moderne, après celle du Vietnam. Un sondage pour la chaîne CBS montre que 64% des Américains estiment que la guerre n'en valait pas la peine. "Et alors ?", a répondu le vice-président Dick Cheney, interrogé à ce sujet par la chaîne ABC. Dans son discours au Pentagone, M. Bush a, lui, jugé "compréhensible" que le débat continue, mais a livré un argumentaire connu: les Américains doivent combattre Al-Qaïda en Irak pour ne pas le combattre aux Etats-Unis, se retirer trop rapidement sèmerait le "chaos" et enhardirait les "terroristes" et l'Iran voisin. Il a surtout fait valoir les progrès accomplis depuis 2007 et la diminution des violences grâce à l'envoi d'environ 30.000 Américains supplémentaires. Ce changement "a fait plus que renverser la situation en Irak. Il a ouvert la porte à une victoire stratégique majeure dans la guerre plus large contre le terrorisme", a-t-il dit, arguant du "premier soulèvement arabe de grande ampleur" contre Al-Qaïda. M. Bush, qui se tenait sur le pont d'un porte-avions devant une banderole proclamant "mission accomplie" le 1er mai 2003, a toutes les peines du monde à convaincre les Américains de l'amélioration irakienne. Il s'en est pris mercredi à "certains à Washington (qui) appellent encore à battre en retraite", les accusant d'arguer à présent du coût financier du conflit parce qu'ils "ne sont plus crédibles s'ils disent que nous perdons la guerre". Avec la menace de la récession, l'économie a supplanté la guerre en tête des préoccupations des Américains. Mais l'avenir de la mission irakienne reste un enjeu majeur de la présidentielle. "A quoi sommes nous arrivés malgré tous ces sacrifices ?", a demandé Barack Obama, candidat démocrate à la succession de M. Bush. "Je fixerai un nouvel objectif dès le premier jour quand je serai commandant en chef: je mettrai fin à cette guerre", a-t-il dit.

La démocrate Hillary Clinton promet elle aussi un désengagement. Mais elle et M. Obama s'opposent sur leurs positions passées ou présentes sur la guerre, et les modalités du retrait.

Quant au républicain John McCain, il a lié la réussite de son entreprise présidentielle au soutien à la mission irakienne et, comme M. Bush, estime qu'un retrait intempestif sèmerait le "chaos". Adriana Evangelizt Sources AFP 20 mars 2008


3-6 Point de vue de Thierry Meyssan : Bilan et perspectives en Irak.

Alors que la presse dominante s’interroge pour savoir si la nouvelle stratégie US en Irak fonctionne où s’il faut vite retirer les GI’s, Thierry Meyssan dresse un double bilan de la guerre d’Irak : celui des faits et celui des mensonges. Il observe le choix de la Maison-Blanche de tout sacrifier pour faire adopter la loi sur le pétrole et l’accord de défense irako-US. Et il en tire les conséquences prévisibles : la relance du conflit, la défaite annoncée dans les marécages d’Al-Basra, et la fin de l’empire états-unien. 21 mars 2008

La presse internationale consacre ses éditions des 19 et 20 mars à dresser le bilan de la guerre en Irak, cinq ans après le début de l’opération anglo-saxonne. Malheureusement, il ne s’agit aucunement d’un bilan politique, uniquement d’un prolongement de la campagne électorale états-unienne visant à répondre à la question du jour : faut-il ou non retirer les GI’s ? Deux arguments cyniques s’opposent. D’un côté les républicains ressassent que « L’escalade (surge), ça marche ! », c’est-à-dire qu’ils finiront bien par écraser cette rébellion et par dominer ce pays. De l’autre, les démocrates brandissent le dernier livre de Joseph Stiglitz, La Guerre de trois mille milliards de dollars, pour réclamer du beurre plutôt que des canons. Aucun des deux camps n’offre la moindre perspective, ni pour la région que les États-Unis ont dévasté, ni pour leur Empire au bord du vide. Il est vrai qu’un bilan politique de la guerre en Irak devrait commencer par l’analyse des mobiles et des moyens mis en œuvres pour y parvenir. Or, ni la presse atlantiste, ni les candidats à la Maison-Blanche ne peuvent s’aventurer sur ce terrain car aucun n’a entrepris le début d’une amorce de reconnaissance de ses erreurs d’analyse et de révision de sa doctrine.

Pas de bilan sans révision des causes  On ne peut comprendre la guerre en Irak si l’on ignore —ou feint d’ignorer— d’une part les intérêts économiques en jeu, les plans sionistes d’autre part, et la coalition de ces deux forces. On ne peut comprendre comment l’administration Bush a plongé les États-Unis dans cette guerre si l’on persiste dans le mensonge du 11 septembre et la fable de la « guerre au terrorisme ». Permettez-moi ici de rappeler comment la presse atlantiste refusa les évidences et persiste dans son erreur. Peu après les attentats de New York et Washington, je publiais un ouvrage de sciences politiques, L’Effroyable imposture, destiné au grand public. Après y avoir démontré l’inanité de la version bushienne des évènements, j’y étudiais en détail les conséquences politiques. J’annonçais ainsi le premier la guerre contre l’Irak que personne n’envisageait à l’époque, mais qui survint néanmoins l’année suivante. Cherchant un argument rapide pour disqualifier mon travail, le quotidien « de référence » (sic) Le Monde assurait dans un éditorial au vitriol que les conséquences de ma version du 11 septembre étaient si grotesques qu’elles suffisaient à démentir mes propos. Edwy Plenel écrivait en riant : « si l’attaque est venue de l’intérieur, et non de l’extérieur, elle est le résultat d’un complot ourdi par les éléments les plus extrémistes de l’armée américaine, qui voulaient obtenir le feu vert du président pour se lancer à l’assaut de l’Afghanistan et bientôt de l’Irak » [1]. Et les dirigeants du Monde, se ruant sur les plateaux de télévision au cri de « Nous sommes tous Américains ! », se gaussèrent en suggérant que j’avais onze ans de retard, l’attaque de l’Irak ayant eu lieu en 1991. Participant à la surenchère, le mensuel Le Monde diplomatique chroniquait mon ouvrage. Serge Halimi centrait son jugement sur une phrase du livre illustrant, selon lui, ma totale incompétence : « La réalité met à mal une autre hypothèse avancée comme élément de preuve. Ainsi on apprend (page 69) qu’ “Henry Kissinger est la figure tutélaire, l’inspirateur des faucons” à l’origine du coup d’État. C’est mal connaître l’histoire américaine » [2]. Problème : le rôle de M. Kissinger dans la préparation de la guerre d’Irak a été attesté depuis par Bob Woodward et le « cher Henry » imposa comme gouverneur d’Irak son protégé et associé, L. Paul Bremer III.

Permettez-moi d’observer que si les pandits se sont trompés, c’est parce que leur base de départ était fausse. Par conséquent, ils ne seront pas capables de comprendre la guerre au terrorisme tant qu’ils n’auront pas fait l’effort de réviser leur vision du 11 septembre.

Je rappelle au bon souvenir de mes contradicteurs que cette divergence de départ nous a conduits à interpréter de manière opposée chaque étape de la guerre d’Irak. Malgré les rapports des inspecteurs de l’ONU sous la direction d’Hans Blix, la presse atlantiste a avalé l’accusation anglo-saxonne selon laquelle Saddam Hussein disposait d’armes de destruction massive et de lanceurs capables de toucher la Grande-Bretagne en 45 minutes et Miami en quelques heures. Puis, elle s’est laissée hypnotiser par le show de Colin Powell au Conseil de sécurité accusant l’Irak laïque de soutenir les extrémistes religieux d’Al-Qaïda. Elle n’a pas douté un instant que les missiles de croisières qui s’abattaient sur Bagdad ne tuaient que les cadres du Baas et épargnaient la population civile. Elle nous a abreuvé d’images de la Libération de Paris où les Français en liesse applaudissaient les GI’s pour nous préparer à « vivre en direct la Libération de Bagdad », et elle a exulté lorsque quelques figurants ont renversé une statue de Saddam Hussein [3]. Elle a caché que l’Autorité Provisoire de la Coalition était une entreprise privée, établie sur le modèle britannique de la Compagnie des Indes et destinée à piller le pays [4] ; au contraire, elle a fait croire à ses lecteurs et téléspectateurs qu’il s’agissait d’un organisme public comparable à ceux qui reconstruisirent l’Allemagne et le Japon au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Arrêtons-là cette énumération nauséeuse et posons la problématique centrale : la presse atlantiste et les candidats à la Maison-Blanche persistent à affirmer que cette guerre était juste. Comme le président Bush n’a pas manqué de le souligner, il n’existe de débat que « sur la question de savoir si cela avait valu la peine de faire la guerre, si cela vaut la peine de poursuivre la lutte et si nous pouvons la remporter » [5]. En réalité, c’est une entreprise anachronique de colonisation visant à satisfaire à la fois les intérêts du lobby de l’énergie, du complexe militaro-industriel et de la colonie sioniste de Palestine. Au passage, tordons le cou à quelque uns des poncifs qui noircissent les colonnes des journaux de la semaine. Il est de bon ton de dire que la guerre fut un brillant succès, et que c’est au lendemain de la chute du tyran que les choses se corsèrent. Pouvait-il en être autrement ? L’armée irakienne était placée sous embargo depuis sa défaite de 1991. Autrement dit, elle était désarmée. La Coalition a quand même utilisé des moyens démesurés pour la vaincre, comme on utilise une enclume pour écraser une mouche. Le problème n’était évidemment pas la victoire, mais l’après-Saddam Hussein.
Par ailleurs, la presse atlantiste fait reposer rétrospectivement la responsabilité de l’échec de cette période sur la décision de Paul Bremer de dissoudre l’armée irakienne. Les soldats démobilisés se seraient immédiatement transformés en insurgés. C’est une erreur d’analyse. Lorsque le gouverneur Bremer a dissout l’armée irakienne, celle-ci n’existait déjà plus. Ses hommes avaient préféré déserter que se rendre. Le chaos n’est pas venu de la décision de Bremer, mais du renversement de l’État, lequel était l’objectif de guerre du mouvement sioniste.
Encore une fois, si erreur il y a eu, elle n’est pas dans ce que la Coalition a accompli, mais dans l’interprétation que la presse en a fait.

Le bilan de la guerre pour les arabes, ce sont des souffrances et des destructions : 1 million de morts et 4,5 millions de déplacés et réfugiés ; des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants détenus sans jugement dans des prisons US ou irakiennes ; des régions entières irradiées et polluées jusqu’à en devenir inhabitables ; les vestiges des plus anciennes civilisations urbaines pillés, rasés, voire ensevelis sous l’asphalte. Pour les occidentaux, le bilan c’est le renversement des démocraties par le mensonge et l’obscurantisme, le retour des crimes coloniaux et de la barbarie, la transformation complète de l’économie des États-Unis en économie de guerre. Mais une fois que nous avons ouverts les yeux sur cette noire réalité, nous devons réfléchir à ses développements futurs et à notre capacité de changer le cours de choses plutôt que battre notre coulpe.

Et maintenant ? Que va-t-il se passer maintenant ? La démission de l’amiral William Fallon a exacerbé le conflit entre les officiers supérieurs états-uniens [6]. D’un côté, le général David Petraeus se félicite des résultats de sa stratégie. L’augmentation du nombre d’hommes sur le terrain a correspondu à la diminution des violences. Il exige donc le maintien d’au moins 140 000 GI’s en Irak. De l’autre, le général Mike Mullen, inquiet du surdéploiement et de l’épuisement de ses troupes, cherche par tous les moyens à les retirer pour éviter une rupture logistique imminente, suivie d’une défaite prévisible.

Petraeus déposera les 8 et 9 avril devant le Congrès, qui tranchera. Les partisans de l’occupation font tout ce qu’ils peuvent pour que le général ne soit accompagné que par ses plus fidèles adjoints ; tandis que les partisans du retrait tentent de glisser un témoin à charge dans la salle d’audition. Car la décision des parlementaires et l’avis de l’opinion publique dépendront de l’appréhension qu’ils auront de la poursuite de cette aventure. Contrairement à ce qu’affirme David Petraeus, l’amélioration sécuritaire n’a pas grand chose à voir avec les 30 000 GI’s qu’il a reçus en renfort. En effet, il a donné instruction de réduire les patrouilles en ville et de cantonner au maximum les troupes dans les casernes. S’il veut maintenir un corps expéditionnaire aussi nombreux, c’est qu’il a besoin d’hommes, de manière occasionnelle, pour mener de vastes campagnes punitives. C’est surtout que ces hommes doivent rester sur zone pour jouer plus tard la seconde manche : l’attaque de l’Iran, qui n’est certes plus à l’ordre du jour, mais qui ne pourra jamais être envisagée si les personnels sont rapatriés. En réalité, les résultats du général Petraeus sont le fruit d’une stratégie élaborée par son conseiller australien, David Kilcullen.

L’idée de base est de « désagréger » la Résistance , de la faire passer d’un mouvement national à une multitude de groupuscules désarticulés. Les Kurdes se sont tenus calmes tant qu’ils ont cru aux promesses que Washington leur énonce depuis seize ans : s’ils coopèrent, ils auront un jour un État indépendant avec un sous-sol gavé de pétrole. Les chiites se sont calmés lorsque les Britanniques ont notabilisé leurs leaders en les associant à la gestion régionale, puis nationale, et que l’Iran a appelé les plus irréductibles à la retenue. Quand aux sunnites, ils ont cessé leurs attaques lorsque les jeunes les plus révoltés ont été identifiés, traités comme des délinquants et non comme des idéalistes, et que 80 000 d’entre eux ont été salariés à 10 dollars par jour.

Le général David Petraeus n’a aucune intention d’expliquer cela en détail au Congrés car il sait qu’il ne pourra pas continuer longtemps sur cette voie. Sa stratégie contre-insurrectionnelle a trouvé sa limite : elle devient incompatible avec les objectifs de ses patrons, le tandem Bush-Cheney, soutenu par les multinationales du pétrole et de l’équipement. Et son « plan B » n’est pas réjouissant. L’objectif actuel principal de la Maison-Blanche , c’est en premier lieu l’adoption par le Parlement irakien et la ratification par son gouvernement d’une loi donnant licence aux compagnies pétrolières US d’exploiter les ressources du pays à des conditions léonines [7] ; puis la signature et la ratification d’un accord de sécurité irako-US autorisant des bases militaires états-uniennes extra-territorialisées pour les siècles à venir. Pour les mettre en œuvre, le vice-président Cheney s’est rendu cette semaine en Irak et dans la région. Il a obtenu la promulgation d’une nouvelle loi électorale, bloquée depuis février. Sur cette base, des élections législatives auront lieu le 1er octobre pour composer un nouveau Parlement, plus docile. Pendant un mois et demi, on jouera la lune de miel entre Bagdad et Washington, le temps de laisser passer l’élection présidentielle US. Puis, dés que la loi sur le pétrole et l’accord de sécurité seront actés, le pays s’embrasera à nouveau contre l’occupant. Le seul moyen de s’assurer de la victoire future, c’est de réduire aujourd’hui la résistance potentielle, tel est le « plan B ». La Maison-Blanche a choisi de s’appuyer à terme sur les sunnites, avec l’aide de l’Arabie saoudite, contre les autres populations irakiennes. La nouvelle loi électorale a été conçue pour renforcer la représentation sunnite au Parlement. Par ailleurs, un message clair a été envoyé aux Kurdes via l’armée turque. Reste à éradiquer les milices chiites avant qu’elles ne se soulèvent. C’est ce que le général irakien Mohan al-Furayji devra essayer de faire dans les six prochains mois.

L’amiral Fallon, qui vient de démissionner du Central Command, considérait ce « plan B » comme voué à l’échec. Dernier grand officier à avoir vécu la guerre du Vietnam, il avait mit en garde à propos des combats à livrer au sud de l’Irak, non plus dans des déserts, mais dans des marécages d’Al-Basra. Deuxièmement, il anticipait qu’une guerre contre les chiites irakiens déstabiliserait immédiatement le Koweït voisin, puis à terme le Bahrein et l’Arabie saoudite.

Troisièmement, il considérait que neutraliser des combattants sunnites à 10 dollars par jour, c’est être certain qu’ils se retourneront contre les États-Unis avec les armes qu’on leur a données dès qu’ils le pourront.
Au demeurant, Petraeus et Kilcullen ont toujours affirmé qu’ils préviendraient ce problème en régularisant à terme leurs combattants-salariés, c’est-à-dire en les intégrant dans les forces de sécurité irakiennes. Mais on ne voit pas comment ces dernières pourraient absorber instantanément 80 000 hommes sans être infiltrées par la Résistance. D ’ores et déjà 49 unités auraient fait défection avec leurs armes et 38 menaceraient de le faire si leurs hommes ne sont titularisés sans délais [8].
Comme je l’ai indiqué dans ces colonnes la semaine dernière, William Fallon avait conduit des négociations fructueuses avec l’Iran pour pacifier la région. L’accord a été confirmé lors d’une réunion secrète réunissant le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et le chef d’état-major interarmes des États-Unis, Mike Mullen, le 2 mars à Bagdad. Il a été désavoué par la Maison-Blanche et les engagements pris au nom des États-Unis n’ont pas été tenus. Cela non plus ne pourra pas être expliqué par David Petraeus au Congrès. La rupture unilatérale de cet accord secret a conduit Téhéran à prendre des mesures de rétorsion, au premier rang desquelles l’encouragement de radicaux irakiens chiites à la rébellion. En outre, la Chine et surtout la Russie ayant été associées à ces négociations, et ne pouvant accepter un dispositif menaçant à terme l’intégrité de l’Iran, ont également pris des mesures de rétorsion. La discrète visite du général Leonid Ivashov à Damas, suivie du voyage officiel du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a ouvert la voie à un transfert massif d’armes à la Résistance irakienne, libanaise et palestinienne.

S’il y a une leçon à tirer des cinq première années de la guerre d’Irak, c’est que certains protagonistes ne tirent jamais de leçon de leurs erreurs. Les leaders kurdes ont, comme toujours depuis un siècle, conduit leur peuple dans une impasse [9]. Le Pentagone reproduit avec ses salariés sunnites ce qu’il a fait en Afghanistan et devra affronter les mêmes conséquences : il forme et arme des voyous jusqu’à en faire d’incontrôlables seigneurs de la guerre. Quand à la Maison-Blanche , elle s’entête à faire passer les intérêts de quelques firmes (ici Bechtel, BP, Chevron, ExxonMobil, Halliburton, Shell, etc.) devant ceux des États-Unis, et croit déraisonnablement que la corruption et la violence permettent de dominer toutes les situations. Le général Leonid Sajin, qui ayant vécu la mort de l’URSS n’a pas de mal à concevoir celle des États-Unis, déclarait mardi à Moscou : « La guerre d’Irak, qui dure depuis 5 ans, a pratiquement épuisé l’armée états-unienne qui était considérée jusque-là comme la plus puissante du monde. Seul le désespoir peut à présent pousser les États-Unis à déclencher une guerre contre l’Iran. Une telle guerre sonnera la fin de cette armée : frappés par la récession économique et compte tenu du mauvais moral de leurs militaires, les États-Unis ne tiendront pas le coup ». Nous pouvons ajouter, les États-Unis ne survivront pas non plus à une guerre dans les marécages irakiens contre l’Iran par milices chiites interposées.

Thierry Meyssan
Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire.

Dernier ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2 (le remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban

Thierry Meyssan 2 1-03L’amiral Fallon, qui vient de démissionner du Central Command, considérait le « plan B » comme voué à l’échec. Dernier grand officier à avoir vécu la guerre du Vietnam, il avait mit en garde à propos des combats à livrer au sud de l’Irak, non plus dans des déserts, mais dans des marécages d’Al-Basra. Deuxièmement, il anticipait qu’une guerre contre les chiites irakiens déstabiliserait immédiatement le Koweït voisin, puis à terme le Bahrein et l’Arabie saoudite.

Troisièmement, il considérait que neutraliser des combattants sunnites à 10 dollars par jour, c’est être certain qu’ils se retourneront contre les États-Unis avec les armes qu’on leur a données dès qu’ils le pourront.
Au demeurant, Petraeus et Kilcullen ont toujours affirmé qu’ils préviendraient ce problème en régularisant à terme leurs combattants-salariés, c’est-à-dire en les intégrant dans les forces de sécurité irakiennes. Mais on ne voit pas comment ces dernières pourraient absorber instantanément 80 000 hommes sans être infiltrées par la Résistance. D ’ores et déjà 49 unités auraient fait défection avec leurs armes et 38 menaceraient de le faire si leurs hommes ne sont titularisés sans délais [8].


3
par MARCUS
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

podcaster sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus