N°343-Les Dossiers d'Irak 25/03 (suite) : cinq années d’occupation, cinq années de destruction
N°343 Les
Dossiers d'Irak
25/03/08
Par M.Lemaire
Sommaire : (suite) 3-3 Point de vue de Alain Gresh : Guerre d'Irak, cinq ans déjà ...
3-4 Point de vue de Luis Lema : Cinq ans après, les dessous d'une guerre d'Irak qui devait durer trois mois.
3-5 Point de vue de Adriana Evangelizt : Cinq ans de
guerre en Irak: Bush ne regrette rien.
3-6 Point de vue de Thierry Meyssan : Bilan et perspectives en Irak.
3-7 Point de vue de Patrick Cockburn : Irak = cinq
années d’occupation, cinq années de destruction.
3-3 Point de vue de Alain Gresh : Guerre d'Irak, cinq ans déjà ...
Il y a cinq ans, les Etats-Unis se lançaient à l’assaut de l’Irak. Plusieurs centaines de milliers de civils irakiens tués (et 4000 soldats américains) plus tard, il apparaît de plus en plus que cette guerre
aura été une des plus grandes catastrophes que le Proche-Orient ait connue depuis cinquante ans. Et ses conséquences seront sans doute bien plus durables que celles que la guerre du Vietnam a eu
sur l’Asie. On se rappelle que les deux prétextes de cette guerre étaient les armes de destruction massive, dont il a été
prouvé qu’elles n’existaient pas, et le lien entre Saddam Hussein et le terrorisme (la moitié des Américains étant convaincus que le dictateur irakien était derrière les attentats du
11-Septembre). Début mars, le Pentagone a publié un rapport fondé sur 600 000 documents examinés démontrant qu’il n’existait
aucune relation entre Al-Qaida et Saddam Hussein.
Mais la transparence a des limites.
Comme le rapport ABC News, le 12 mars, dans « Pentagon Report on Saddam’s Iraq Censored ? », le Pentagone a annulé l’envoi
d’un communiqué de presse sur le rapport et a décidé de ne pas le publier en ligne. Il ne sera fourni qu’à ceux qui en feront la demande et sera envoyé par la poste ! ABC a mis en ligne un
résumé du rapport « Iraqi perspective project.
Saddam and terrorism : Emerging insight from Captured Iraqi documents Volume 1, redacted) » Le rapport affirme que Saddam Hussein a soutenu des
groupes terroristes, notamment palestiniens. Mais il insiste : « Les principales cibles des opérations terroristes de l’Etat irakien étaient les citoyens irakiens, à l’intérieur et
à l’extérieur de l’Irak. » En revanche, le rapport dément toute relation entre Al-Qaida et Saddam Hussein.
ABC rappelle une des déclarations de George W. Bush rapportée par le Washington Post du 18 juin 2004 : « La
raison pour laquelle j’ai continué à insister sur la relation entre l’Irak, Saddam et Al-Qaida, c’est parce qu’il y avait une relation entre l’Irak et Al-Qaida. » Cette interprétation du rapport est contestée par un néoconservateur William Kristol, dans The Weekly Standard, « Gunsmoke Why is the Bush administration silent on the new Pentagon
report ? » (24 mars 2008). Selon lui, le rapport intégral précise, en page 42, que « Saddam soutenait ou des groupes directement liés à Al-Qaida (comme le Djihad
islamique, dont le dirigeant fut à un moment Ayman Al-Zawahiri, le bras droit de Ben Laden) ou qu’il partageait les buts affirmés par Al-Qaida et ses objectifs ». On peut pourtant
douter que Saddam soutenait l’idée d’un Etat islamique ; quant à partager les buts d’Al-Qaida, s’il s’agit du départ des Etats-Unis de la région, on peut dire qu’ils sont ceux de la grande
majorité de l’opinion publique. Le New York Times du 16 mars a demandé à neuf "experts" ou responsables de donner
leur point de vue de l’époque sur l’invasion de l’Irak et la manière dont ils voient la situation aujourd’hui (« Reflections on the Invasion of Iraq »). Parmi eux Paul
Bremer III (le premier proconsul américaine en Irak) et Richard Perle, un des théoriciens néoconservateurs. Je posais la
question ici même de savoir si « les Etats-Unis vont-ils gagner la
guerre en Irak ? » en expliquant que Washington mettait en avant la diminution des pertes américaines et civiles irakiennes dans les derniers mois. Un article du Washington Times du 15 mars, « Iraqi civilian deaths rise again » (Sharon Behn), actualise
ces données. Selon la journaliste 422 Irakiens ont déjà été tués en mars, contre 544 pour tout le mois de janvier et 674
pour le mois de février. Ainsi, la tendance à la baisse des victimes irakiennes aurait été
enrayée. Alain Gresh 16 mars 2008 Source : Carnets du diplo http://blog.mondediplo.net/...
3-4 Point de vue de Luis Lema : Cinq ans après, les
dessous d'une guerre d'Irak qui devait durer trois mois.
Là, on est déjà plus près de la vérité que des mensonges de Cheney. Charles Ferguson dénonce dans son livre une
occupation conduite avec «arrogance, stupidité et incompétence». Et si le bilan était encore plus désastreux que
prévu? Cinq ans après, tout semble dit sur les mensonges et les incohérences qui ont entouré le lancement de la guerre d'Irak. Et pourtant... «Même dans mes cauchemars les plus sauvages, je
n'avais pas imaginé que l'occupation de l'Irak puisse avoir été conduite avec une telle arrogance, stupidité et incompétence», écrit Charles Ferguson, qui a passé plusieurs années à en étudier
les contours et à interviewer ses principaux acteurs. La progressive «descente au chaos» qu'il décrit n'a pas seulement valeur historique: elle jette une lumière crue sur la situation actuelle en Irak, où les attentats ne cessent de faire chanceler les promesses d'une
pacification.
Ni le président Bush, ni le vice-président Dick Cheney, ni Donald Rumsfeld, ni Colin Powell, ni Condoleezza Rice, ni Paul Bremer
n'ont accepté de répondre aux questions de Ferguson, un docteur en science politique qui a remué ciel et terre pour mener son enquête. Mais ils sont beaucoup d'autres à avoir été ravis, et sans doute soulagés, de vider leur sac. L'année dernière, l'enquêteur en avait fait un
documentaire, nominé aux Oscars et gratifié de nombreux prix. Aujourd'hui, c'est un livre qu'il publie*, réunissant sur plus de 600 pages un réquisitoire accablant.
Il avait fallu aux Etats-Unis plus d'un an de travail pour préparer la forme que prendrait l'Allemagne d'après le
nazisme. Pour l'Irak, cela s'est décidé en quelques semaines. Et encore: «La préparation de
l'après-guerre était totalement absente, aussi bien chez les militaires que les civils, explique aujourd'hui Lawrence Wilkinson, ancien bras droit du secrétaire d'Etat Colin Powell.
Après la chute de Bagdad, ils ne voulaient pas être arrêtés par les devoirs de l'occupation, de la reconstruction du pays ou de quoi
que ce soit d'autre. La préoccupation était d'amener l'armée puis de la faire ressortir. C'était la vision du
secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld.»
Pour mettre en œuvre cette vision d'une guerre qui prendrait tout au plus trois ou quatre mois, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz,
les chefs du Pentagone, ont systématiquement écarté tous ceux qui, au sein du Département d'Etat, connaissaient le mieux la région du Proche-Orient et la problématique du rétablissement de la paix. Les quelque 160 personnes
qui seront dépêchées à Bagdad pour gérer un pays de 25 millions d'habitants n'ont pour la plupart aucune
expérience. «Leurs parents avaient financé la campagne (du Parti républicain) et ces jeunes étaient envoyés pour
avoir un peu de fun, du voyage et de l'aventure», commente Paul Hugues, qui était à la tête de l'effort de reconstruction, au sein d'une équipe qui a mis des semaines à obtenir ne serait-ce que des téléphones.
C'est par exemple un jeune diplômé qui est chargé de prendre en mains le système d'éducation irakien. Au Koweït, c'est de sa propre initiative que cet historien établira une liste des principaux
bâtiments irakiens à protéger, au premier rang desquels le Musée national de Bagdad. Mais lorsque les pillages commenceront,
personne ne tiendra compte de ses remarques. Seul le Ministère du pétrole sera entouré par les soldats
américains.
L'objectif est toujours le même: s'impliquer le moins possible dans une spirale qui, de l'avis du Pentagone, ne doit concerner que
les Irakiens eux-mêmes. Mais les pillages, dont on ne cessera de sous-estimer l'importance et qui ont de fait fini
de mettre le pays à genoux, agiront comme un révélateur : au fil des témoignages, il apparaît que la confiance des Irakiens est désormais perdue envers ces occupants dont personne
ne pouvait imaginer qu'ils puissent être aussi mal préparés.
En mai 2003, la nomination de Paul Bremer comme directeur de la reconstruction et de l'assistance humanitaire ne
fera qu'accélérer le processus. En dépit du bon sens, et prenant le contre-pied de toutes les décisions précédentes, il proclame les fameuses «débaassification» de l'administration et le
démantèlement de l'armée irakienne. Plus d'un million d'hommes en âge de se battre sont jetés dans les rues sans
compensation. Ils auront tôt fait d'alimenter les rangs de la «résistance» et les luttes ethniques qui déboucheront sur une guerre civile.
Parmi beaucoup d'autres, ce constat a abasourdi Charles Ferguson: le locataire de la Maison-Blanche semble pratiquement absent des
décisions qui ont transformé l'expédition irakienne en cauchemar. «Clairement, le président devait être content de
l'équipe qu'il avait mise en place», analyse Richard Armitage, sous-secrétaire d'Etat jusqu'en 2005. Malgré le départ de Paul Bremer et des «cerveaux» du Pentagone,
le gros de cette équipe est toujours aux commandes à Bagdad. «Le président doit donc être satisfait des conseils
qu'elle lui fournit. Je ne vois pas d'autre explication.» Luis Lema, New York 20 mars 2008 *No End In Sight, PublicAffairs, New York .Sources
Le Temps Posté par Adriana Evangelizt
3-5 Point de vue de Adriana Evangelizt :
Cinq ans de guerre en Irak: Bush ne regrette rien.
Quand on voit le couple Bush-Cheney, ces deux menteurs, ces deux criminels de guerre qui devraient être destitués, jugés et
subir le même sort qu'ils ont fait subir à Saddam Hussein, notre haine est à son maximum. Plus d'un million d'Irakiens
ont perdu la vie à cause de ces deux pourris et des grands pontes sionistes, l'Irak est en ruines et ils osent encore faire les fanfarons. Alors qu'on faisait remarquer à Cheney que 64 % des Américains étaient contre la guerre, il a répondu avec morgue : "Et alors ?". On se retient
pour ne pas être vulgaires devant ces crapules innommables. Avec tout le malheur qu'ils ont semé, qu'ils sèment encore... et
la façon dont ils éreintent le Peuple Américain. Mais quelle honte pour l'Humanité des individus aussi infects.
Quelle honte !
Si une justice existe, que l'on soit débarrassé de toute cette lie qui corrompt notre monde. Cela devient de plus en plus
insupportable et les Peuples de toute la planète crient vengeance. Bush a marqué le cinquième anniversaire de la guerre en Irak mercredi en disant ne pas regretter une décision toujours contestée et en faisant
miroiter une "victoire stratégique majeure" malgré l'incertitude sur l'issue du conflit. Cinq ans après être apparu sur les
télévisions pour confirmer que les Etats-Unis avaient, "avec réticence", commencé à bombarder un "régime hors-la-loi qui menace la paix avec des armes de meurtre en masse", M. Bush a déclaré que,
malgré le prix "élevé" payé depuis lors, "chasser Saddam Hussein du pouvoir était la bonne décision, et ceci est un combat que l'Amérique peut et doit gagner". Dans plusieurs villes, notamment New York et Los Angeles, le mouvement contre la guerre tentait de secouer son relatif engourdissement. "Plus
un mort, plus un dollar, pas d'argent pour des crimes de guerre", proclamait une banderole déployée par environ 200 personnes à Washington. Mais, au moment où les Américains attendent qu'il décide bientôt s'il continuera à réduire les effectifs, M. Bush les a prévenus que les gains
enregistrés depuis 2007 en Irak étaient "fragiles et réversibles" et qu'il ne ferait rien qui les remettrait en cause. La guerre a tué des dizaines de milliers d'Irakiens et près de 4.000
Américains. Elle a coûté des centaines de milliards de dollars. Elle a renforcé l'influence iranienne. Elle a altéré le crédit de l'administration américaine.
Après l'approbation massive des débuts, elle a profondément divisé les Américains qui ne savent pas quand ni comment prendra fin la
deuxième guerre la plus longue de leur histoire moderne, après celle du Vietnam. Un sondage pour la chaîne CBS montre que
64% des Américains estiment que la guerre n'en valait pas la peine. "Et alors ?", a répondu le vice-président Dick Cheney, interrogé à ce sujet par la chaîne ABC. Dans son discours au Pentagone,
M. Bush a, lui, jugé "compréhensible" que le débat continue, mais a livré un argumentaire connu: les Américains doivent combattre Al-Qaïda en Irak pour ne pas le combattre aux Etats-Unis, se
retirer trop rapidement sèmerait le "chaos" et enhardirait les "terroristes" et l'Iran voisin. Il a surtout fait valoir les
progrès accomplis depuis 2007 et la diminution des violences grâce à l'envoi d'environ 30.000 Américains supplémentaires. Ce changement "a fait plus que renverser la situation en Irak. Il a
ouvert la porte à une victoire stratégique majeure dans la guerre plus large contre le terrorisme", a-t-il dit, arguant du "premier soulèvement arabe de grande ampleur" contre Al-Qaïda.
M. Bush, qui se tenait sur le pont d'un porte-avions devant une banderole proclamant "mission accomplie" le 1er mai 2003, a toutes
les peines du monde à convaincre les Américains de l'amélioration irakienne. Il s'en est pris mercredi à "certains à Washington (qui) appellent encore à battre en retraite", les accusant d'arguer
à présent du coût financier du conflit parce qu'ils "ne sont plus crédibles s'ils disent que nous perdons la guerre". Avec
la menace de la récession, l'économie a supplanté la guerre en tête des préoccupations des Américains. Mais l'avenir de la mission irakienne reste un enjeu majeur de la présidentielle.
"A quoi sommes nous arrivés malgré tous ces sacrifices ?", a demandé Barack Obama, candidat démocrate à la succession de M. Bush.
"Je fixerai un nouvel objectif dès le premier jour quand je serai commandant en chef: je mettrai fin à cette guerre", a-t-il dit.
La démocrate Hillary Clinton promet elle aussi un désengagement. Mais elle et M. Obama s'opposent sur leurs positions passées ou
présentes sur la guerre, et les modalités du retrait.
Quant au républicain John McCain, il a lié la réussite de son entreprise présidentielle au soutien à la mission irakienne et, comme
M. Bush, estime qu'un retrait intempestif sèmerait le "chaos". Adriana Evangelizt Sources AFP 20 mars 2008
3-6 Point de vue de Thierry Meyssan :
Bilan et perspectives en Irak.
Alors que la presse dominante s’interroge pour savoir si la nouvelle stratégie US en Irak fonctionne où s’il faut vite retirer les
GI’s, Thierry Meyssan dresse un double bilan de la guerre d’Irak : celui des faits et celui des mensonges. Il observe
le choix de la Maison-Blanche de tout sacrifier pour faire adopter la loi sur le pétrole et l’accord de défense irako-US. Et
il en tire les conséquences prévisibles : la relance du conflit, la défaite annoncée dans les marécages d’Al-Basra, et la fin de l’empire états-unien. 21 mars 2008
La presse internationale consacre ses éditions des 19 et 20 mars à dresser le bilan de la guerre en Irak, cinq ans après le début
de l’opération anglo-saxonne. Malheureusement, il ne s’agit aucunement d’un bilan politique, uniquement d’un prolongement de la campagne électorale états-unienne visant à répondre à la question
du jour : faut-il ou non retirer les GI’s ? Deux arguments cyniques s’opposent. D’un côté les républicains ressassent que « L’escalade (surge), ça marche ! »,
c’est-à-dire qu’ils finiront bien par écraser cette rébellion et par dominer ce pays. De l’autre, les démocrates brandissent le dernier livre de Joseph Stiglitz, La Guerre de trois
mille milliards de dollars, pour réclamer du beurre plutôt que des canons. Aucun des deux camps n’offre la moindre
perspective, ni pour la région que les États-Unis ont dévasté, ni pour leur Empire au bord du vide. Il est vrai qu’un bilan
politique de la guerre en Irak devrait commencer par l’analyse des mobiles et des moyens mis en œuvres pour y parvenir. Or, ni la presse atlantiste, ni les candidats à la Maison-Blanche ne
peuvent s’aventurer sur ce terrain car aucun n’a entrepris le début d’une amorce de reconnaissance de ses erreurs d’analyse et de révision de sa doctrine.
Pas de bilan sans révision des causes On ne peut comprendre la guerre en Irak si l’on ignore —ou feint d’ignorer— d’une part les intérêts économiques en jeu, les plans sionistes
d’autre part, et la coalition de ces deux forces. On ne peut comprendre comment l’administration Bush a plongé les États-Unis dans cette guerre si l’on persiste dans le mensonge du 11 septembre
et la fable de la « guerre au terrorisme ». Permettez-moi ici de rappeler comment la presse atlantiste refusa les
évidences et persiste dans son erreur. Peu après les attentats de New York et Washington, je publiais un ouvrage de sciences politiques, L’Effroyable imposture, destiné au grand public. Après y avoir démontré
l’inanité de la version bushienne des évènements, j’y étudiais en détail les conséquences politiques. J’annonçais ainsi le premier la guerre contre l’Irak que personne n’envisageait à l’époque,
mais qui survint néanmoins l’année suivante. Cherchant un argument rapide pour disqualifier mon travail, le quotidien « de référence » (sic) Le Monde assurait dans un éditorial
au vitriol que les conséquences de ma version du 11 septembre étaient si grotesques qu’elles suffisaient à démentir mes propos. Edwy Plenel écrivait en riant : « si l’attaque est
venue de l’intérieur, et non de l’extérieur, elle est le résultat d’un complot ourdi par les éléments les plus extrémistes de l’armée américaine, qui voulaient obtenir le feu vert du président
pour se lancer à l’assaut de l’Afghanistan et bientôt de l’Irak » [1]. Et les dirigeants du Monde, se ruant sur les plateaux de télévision au cri de
« Nous sommes tous Américains ! », se gaussèrent en suggérant que j’avais onze ans de retard, l’attaque de l’Irak ayant eu lieu en 1991. Participant à la surenchère, le
mensuel Le Monde diplomatique chroniquait mon ouvrage. Serge Halimi centrait son jugement sur une phrase du livre illustrant, selon lui, ma totale incompétence : « La
réalité met à mal une autre hypothèse avancée comme élément de preuve. Ainsi on apprend (page 69) qu’ “Henry Kissinger est la figure tutélaire, l’inspirateur des faucons” à l’origine du coup
d’État. C’est mal connaître l’histoire américaine » [2]. Problème : le rôle de M. Kissinger dans la préparation de la guerre d’Irak a été
attesté depuis par Bob Woodward et le « cher Henry » imposa comme gouverneur d’Irak son protégé et associé, L. Paul Bremer III.
Permettez-moi d’observer que si les pandits se sont trompés, c’est parce que leur base de départ était fausse. Par conséquent, ils
ne seront pas capables de comprendre la guerre au terrorisme tant qu’ils n’auront pas fait l’effort de réviser leur vision du 11 septembre.
Je rappelle au bon souvenir de mes contradicteurs que cette divergence de départ nous a conduits à interpréter de manière opposée
chaque étape de la guerre d’Irak. Malgré les rapports des inspecteurs de l’ONU sous la direction d’Hans Blix, la presse atlantiste a avalé l’accusation anglo-saxonne selon laquelle Saddam Hussein
disposait d’armes de destruction massive et de lanceurs capables de toucher la Grande-Bretagne en 45 minutes et Miami en quelques heures. Puis, elle s’est laissée hypnotiser par le show de Colin
Powell au Conseil de sécurité accusant l’Irak laïque de soutenir les extrémistes religieux d’Al-Qaïda. Elle n’a pas douté un instant que les missiles de croisières qui s’abattaient sur Bagdad ne
tuaient que les cadres du Baas et épargnaient la population civile. Elle nous a abreuvé d’images de la Libération de Paris où les Français en liesse applaudissaient les GI’s pour nous préparer à
« vivre en direct la Libération de Bagdad », et elle a exulté lorsque quelques figurants ont renversé une statue de Saddam Hussein [3]. Elle
a caché que l’Autorité Provisoire de la Coalition était une entreprise privée, établie sur le modèle britannique de la Compagnie des Indes et destinée à piller le pays [4] ; au
contraire, elle a fait croire à ses lecteurs et téléspectateurs qu’il s’agissait d’un organisme public comparable à ceux qui reconstruisirent l’Allemagne et le Japon au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale. Arrêtons-là cette énumération nauséeuse et posons la problématique centrale : la presse atlantiste et
les candidats à la Maison-Blanche persistent à affirmer que cette guerre était juste. Comme le président Bush n’a pas manqué de le souligner, il n’existe de débat que « sur la question
de savoir si cela avait valu la peine de faire la guerre, si cela vaut la peine de poursuivre la lutte et si nous pouvons la remporter » [5]. En réalité,
c’est une entreprise anachronique de colonisation visant à satisfaire à la fois les intérêts du lobby de l’énergie, du complexe militaro-industriel et de la colonie sioniste de Palestine.
Au passage, tordons le cou à quelque uns des poncifs qui noircissent les colonnes des journaux de la semaine. Il est de bon ton de
dire que la guerre fut un brillant succès, et que c’est au lendemain de la chute du tyran que les choses se corsèrent. Pouvait-il en être autrement ? L’armée irakienne était placée sous
embargo depuis sa défaite de 1991. Autrement dit, elle était désarmée. La Coalition a quand même utilisé des moyens démesurés pour la vaincre, comme on utilise une enclume pour écraser une
mouche. Le problème n’était évidemment pas la victoire, mais l’après-Saddam Hussein.
Par ailleurs, la presse atlantiste fait reposer rétrospectivement la responsabilité de l’échec de cette période sur la décision de Paul Bremer de dissoudre l’armée irakienne. Les soldats
démobilisés se seraient immédiatement transformés en insurgés. C’est une erreur d’analyse. Lorsque le gouverneur Bremer a dissout l’armée irakienne, celle-ci n’existait déjà plus. Ses hommes
avaient préféré déserter que se rendre. Le chaos n’est pas venu de la décision de Bremer, mais du renversement de l’État, lequel était l’objectif de guerre du mouvement sioniste.
Encore une fois, si erreur il y a eu, elle n’est pas dans ce que la Coalition a accompli, mais dans l’interprétation que la presse en a fait.
Le bilan de la guerre pour les arabes, ce sont des souffrances et des destructions : 1 million de morts et 4,5 millions de
déplacés et réfugiés ; des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants détenus sans jugement dans des prisons US ou irakiennes ; des régions entières irradiées et polluées
jusqu’à en devenir inhabitables ; les vestiges des plus anciennes civilisations urbaines pillés, rasés, voire ensevelis sous l’asphalte. Pour les occidentaux, le bilan c’est le renversement
des démocraties par le mensonge et l’obscurantisme, le retour des crimes coloniaux et de la barbarie, la transformation complète de l’économie des États-Unis en économie de guerre.
Mais une fois que nous avons ouver